L’étape fondamentale du parcours de qualification : la qualif des 1000 miles hors courses.

Pour brosser le tableau, cette qualification consiste à parcourir une distance de 1000 miles en solitaire, sans arrêt, sans assistance et cela hors course, donc, sans surveillance ni limite de temps.

Je dois ainsi partir de La Turballe, naviguer le long des côtes de Bretagne sud jusqu’à atteindre les fameuses passes mouvementés de la pointe Bretagne, traverser la Manche avec ses rails de Cargo pour arriver dans les eaux de la Grande Bretagne puis traverser la mer Celtique pour contourner une bouée appelée « Coninberg ». La suite, cap au Sud, je vais redescendre jusqu’à la pointe Anglais ( ce sera la moitié du parcours ) puis c’est repartis pour la Manche, les cailloux de la Bretagne, une longue diagonale dans le golfe de Gascogne jusqu’au plateau de Rochebonne, le passage sous le pont de l’Ile de Ré, je passe l’ile d’Yeu, Noirmoutier, l’estuaire de la Loire et enfin ce sera le retour à La Turballe.

Le but de tout ça : mettre à l’épreuve le bateau, et le marin.

La première étape de ce « rond dans l’eau », comme d’habitude n’est pas en mer, ni même sur le bateau, mais à l’appartement. Sous les conseils d’Hervé, notre Coach au Pôle, je prépare, avec Marie, minutieusement ce périple. Les cartes, la météo, les vêtements, les docs administratifs, la nourriture nécessaire, j’apprend également à faire le point sur les carte grâce aux astres avec le sextant, apprends à utiliser la BLU, notre seul moyen de recevoir la météo sur les longues ondes au large. Préparer les kits de réparation au cas où et les pièces de rechange. Mine de rien, ce sont des heures et des heures, le soir après la journée de travail qu’il faut y consacrer. Ensuite vient la préparation du bateau, il faut une révision méthodique complète, bout par bout, écrou par écrou, système par système je vérifie absolument tout, serrage, état, usure,  pour ne pas avoir de problème, le moindre arrêt dans un port pour réparation serait éliminatoire. Les pièges seront nombreux, il faut éliminer les risques.

A l’affut de la météo, un créneau se dessine, le départ sera le dimanche 03 juin.

Le jour du départ, 22h, je pars sous les orages, avec un vent soutenu, inutile de dire que la navigation dans le port, de nuit, sans moteur, à la voile était le premier chalenge. Avec une bonne montée d’adrénaline, je sors du port sans problème, je me mets sur le cap, direction l’Ouest, c’est partis pour une dizaine de jours. Sans encombre j’avance comme planifié à bonne allure, Hoëdic, Houat, Quiberon, Groix, les Glénans, je connais bien la zone, aucun problème, je prends le rythme, siestes régulières, hydratation, je mange bien, le bateau fonctionne très bien, seul hic, les panneaux solaires chargent peu sous la pluie, la consommation est plus forte que la charge, cela ne m’effraie pas car j’ai de la réserve. J’arrive ensuite dans les forts courants de la Pointe Bretagne. Le premier passage se passe très bien, c’est le Raz de Sein, c’est le début de la marée descendante, quelques heures plus tard j’arrive au passage du Four, un passage étroit entre les rochers. Ça passe, c’est balisé, mais il ne faut pas sortie du passage. Le vent est soutenu lorsque je me présente sur ce véritable tapis roulant, ce courant m’entraine, c’est partis, pas de marche arrière possible. Je suis au près, le vent me vient de face, au sens opposé au courant. Les minutes passent et le vent monte de plus en plus, les vagues sont de plus en plus haute et de plus en plus courte, ça commence à taper, en quelques secondes je me fais méchamment chambouler, j’ai trop de voiles pour le vent qu’il y a, mais impossible de lâcher la barre pour aller réduire, les vagues sont bien de trop forte et je suis sur le bord du passage, quelques dizaines de mètres de décalage et ce sont les rochers. Comme je suis au près, je ne peux me recentrer, je dois rester précis à la barre et préserver le bateau. Ça monte encore, je tiens la barre d’une main, le chandelier de l’autre, à chaque rafale de vent, le bateau est littéralement couché, je tombe plusieurs fois. Ma situation n’est pas bonne, impossible de faire marche arrière, ma trajectoire est trop proche des cailloux, le bateau est bien de trop toilé pour le vent qu’il y a. Pas le choix, je dois continuer, mais je ne suis plus maitre de la situation, je subis, ça ne met encore jamais arrivé sur un voilier. Le courant m’emmène droit sur un rocher, la profondeur diminue très rapidement, je décide de changer de bord pour me recentrer, sauf que je suis sur un voilier dont la procédure prend plus de temps que ce je ne n’ai, … j’y vais quand même. La bateau est alors totalement couché sur la tranche, le mat à l’horizontale, tout tombe à l’intérieur, les sacs qui sont attachées sur les filières à l’extérieur sont sous l’eau, quelques seconde dans cette posture paraissent des heures, je renvoie dans l’autre sens, une vague m’aide à passer le lit du vent, ouf, je me suis échappé. Une dizaine de minutes plus tard je suis sortie du passage et la manche m’ouvre ses portes, il n’y a plus que 20kts, je remets le bateau sous pilote, fais une vérification de mon matériel, et range le désordre bref, je reprends le dessus. OUUF, c’est fini, le bateau n’est pas endommagé, je vais bien… je décide de me changer car je suis entièrement trempé, je mange et on repart. Je dis on car c’est dans ces moments-là que le bateau n’est plus qu’un simple objet. On est sortie de cette épreuve ensemble, lorsque je n’avais plus le contrôle de la situation, je portais toute ma confiance en lui, j’ai compris ce que veut dire : « un couple skipper bateau ».  Apres réflexion, j’aurais pu anticiper tout ça, même si les fichiers météo ne le prédisaient pas,  la forme de la cote faisait accélérer le vent, le courant violent qui me poussait faisait encore accélérer le vent relatif, ces vagues provenaient des trajectoires opposées de l’eau et de l’air, bref tout cela est normal pour cette zone de navigation tant redoutée par les marins. Je ne me ferais plus avoir. Je note tout de même ne jamais avoir eu peur pour ma sécurité notamment avec la longe qui me retenait au bateau, les systèmes de détresse au cas où, l’insubmersibilité du bateau… bref tout ce matériel de sécurité dont nous disposons en cas de pépin.

Revenons à notre Manche, après quelques heures, me voilà en approche du rail de Ouessant, ce passage dans lequel les cargo se suivent, tel une autoroute , il y a deux voie, je passe la première entre deux pétroliers, comme si ne rien n’était, mon appareil anti collision se met ensuite en alarme, j’étais en route de collision avec un navire, une de ses hélice pesant environ 10 fois le poids de mon bateau, je décide de ralentir ( en fait, je n’avais bien sûr pas le choix J ) pour le laisser passer. Dans la nuit il est difficile de visualiser le placement et la direction des bateaux, surtout ces immenses masses noires éclairés d’une ampoule à l’avant et de la passerelle à l’arrière, les effets d’optiques sont nombreux, J’arrive à lui passer juste derrière pour passer devant le prochain et c’est reparti. J’arrive le lendemain aux côtes anglaises, cela fait plaisir de revoir la terre, les dauphins nous accueillent puis le vent s’arrête pendant 1 journée, le temps devient long, cette pointe anglais devient interminable, le courant me joue des tour, joue avec le bateau. Et puis en soirée, le vent revient et c’est la délivrance, enfin je m’éloigne, mon prochain waypoint est la bouée Irlandais « Coninberg », la traversés de la mer celtique ce passe très bien, enfin il arrête de pleuvoir, car depuis le départ il n’arête presque pas de pleuvoir, impossible de sécher les affaires et impossible de recharger les batteries. Le manque de sommeil commence à se faire sentir, un chalutier évité de justesse m’aura réveillé avec son moteur au bon milieu de la mer Celtique. Et puis enfin cette bouée, ce point d’aboutissement est déjà une petite victoire, même si uniquement 1 tiers du parcours est fait. Je la contourne et hop je repars en sens inverse, au portant, le vent me pousse vers le sud, durant la descente il ne s’est pas passé grand-chose je traverse le terrain de jeu des pécheurs Irlandais, un oiseau maladroit rentre en collision avec l’espar qui porte les voiles d’avant, le bout dehors, sans dégât. Tout va bien pour cet oiseau, je vous rassure. La pointe anglaise m’aura encore réservé le même sort dans la pétole, l’entrée dans la Manche est musclée, je ne me suis pas refait avoir, au premier signe d’augmentation du vent j’ai réduit la voilure, ça passe bien, malgré les vagues asse grosses. C’est la couché du soleil du 5 em jour de navigation, le soleil Irlandais à bau se coucher à 23h30, il n’a pas beaucoup rechargé mes batteries, je n’ai plus que 10% de capacité, cela devient critique, je minimise l’utilisation du pilote, je barre beaucoup, je m’épuise rapidement. Au petit matin, lors du passage du rail d’Ouessant le vent décide de disparaitre pour laisser place à un brouillard très épais. La situation n’aura pas évolué durant plusieurs heures, l’ambiance est étrange, aucun bruit hormis les cornes de brume des cargos et l’alarme de mon anticollision. Sans moteur, j’essaie de progresser à la rame, je fais 1h ainsi pour avance d’environ 1 miles à la godille. Le vent revient finalement dans l’après-midi, toute voile dehors, sous un soleil qui brille et recharge enfin les batteries, je glisse vers la Bretagne. J’attends le passage du Four avec impatience, j’ai une revanche à prendre…

Les passages à niveaux de la pointe Bretagne sont précis, des heures ou ça passe, des heures ou le courant et contraire, ça ne passe pas. J’entame le passage du four sous spi dans un vent soutenu ( environ 18 kts ) dans le brouillard, je me suis bien préparé avec ma carte dans la descente, visible de l’extérieur, les waypoints dans le GPS, ne me reste plus qu’a réaliser la descente par une série d’empennages, je suis légèrement en retard sur l’horaire optimal, mais tout ce passe très bien, la mer est calme, rien à voir avec la monté quelques jours avant, le brouillard laisse place à un paysage absolument magnifique en bas du passage, un peu comme si le Golfe de Gascogne ouvrait ses portes, mais il reste une étape, le passage du raz de Sein. Je suis TRES en retard pour ce passage, je vais y arriver alors que la marée se sera déjà inversée. J’y arrive juste après le coucher du soleil, et comme prévu, le courant est contre moi, heureusement j’avance à bonne allure sous spi. Il aura fallu 1 heure pour parcourir les quelques centaines de mettre de ce passage, des grosses vagues, quelques marche arrière, mais je suis passé, OUUFF ! Si non, c’était 6h qu’il fallait attendre. Me voilà donc dans le Golfe de Gascogne, sur une route bien connu, que j’ai déjà fait il y a 2 semaines lors de la Mini en Mai, une grande ligne droite vers le Plateau de Rochebonne. La météo m’a annoncé des orages dans le sud, je me suis préparé psychologiquement, le gel douche est prêt J Effectivement, des vents soutenu sont venu « dynamiser » ma nuit. Déjà très fatigué, j’ai changé de bord, voulant éviter le nuage, sauf que ce n’en n’était pas qu’un et je suis finalement revenu sur ma route après 15 minutes de manœuvres, me voilà extenué, je me met à l’intérieur et dors 2 x 30 minutes. Durant toute la journée du lendemain je descends vers ce plateau, sous spi, sous gennacker, il fait beau, bref du bonheur… Je contourne le plateau en soirée en voyant les orages éclater à terre puis me dirige vers l’ile de Ré. J’y arrive au lendemain matin, sortant de la brume du large. Ce sentiment de chaleur, d’odeurs de la terre me donne l’impression d’être arrivé, mais non, il reste de la route. Un magnifique soleil brille toute la journée, les panneaux solaires chargent très bien les batteries, +17 Amp par heure, c’est super, cela me réconforte sur la suite. Je longe la cote toute la journée, avec une concentration bien plus grande qu’au large, il faut éviter les autres bateaux, les algues, les casiers de pécheurs, les cailloux, bref je me fatigue bien vite mais je profite des côtes vendéennes.

La nuit passe difficilement car je suis extenué, je me suis surement relâché trop tôt, les siestes de 16 minutes deviennent trop courte et se multiplient, mais il est trop dangereux de faire plus long aussi près des côtes, avec tous ses dangers et les pécheurs. J’arrive finalement à La Turballe le lundi 11 à 13h, très heureux de mon parcours, content d’avoir validé cette épreuve. Reste le dossier de qualif à envoyer pour validation officielle, une liste de travaux d’amélioration à effectuer sur le bateau avant de partir pour la SAS qui va jusqu’au Açores en Juillet.

La Mini en mai

Cette course a très bien démarré par un parcours de quelques heures dans la baie de Quiberon, au coude à coude avec les 67 concurrents, dans les conditions de bascules de vents qui sont maintenant familières aux courses mini 2018. Un balais très coloré qui anime cette baie de manière apparemment si paisible et pourtant, chacun est aux aguets de la moindre opportunité de gagner le moindre mètre sur ses concurrents.

Je sors de la baie en 5 em position et me remet en condition pour appréhender les longs bords du cette course qui prend maintenant toute sa dimensions. Ca y est , c’est partis direction l’Ouest vers le Raz de Seins, le vent est stable et plutôt faible, la mer est d’un calme reposant et le coucher du soleil absolument magnifique devant l’étrave du bateau. A la vue des trajectoires des autres concurrents, ils vont passer par la cote. Mon système AIS anti collision étant fortement amoindri, je ne peux  connaitre la position que de quelques bateaux autour de moi, c’est à ce moment que je m’aperçois que personne ne peut me voir, il va falloir faire très attention avec les pécheurs et les cargos car je serais invisible à leurs yeux. Ainsi je persévère tout de même à tracer ma route, à 90 degré de celle de tous les autres, je suis seul, mais je crois en ma stratégie. La nuit tombe, j’avance à bon rythme, le vent tournant légèrement, il me laisse la possibilité d’envoyer une voile plus grande, j’accélère encore, il me tard d’arriver à la pointe sud Finistère pour croiser de nouveau la flotte et savoir si ma stratégie a payés. Au milieu de la nuit, lors du passage de Spineg me voilà rassuré et boosté en voyant que je suis juste derrière les deux voiliers de tete. Je vire de nord pour me caler au vent de la flotte et marquer mes quelques mètres d’avance. Je décide alors de tester mes balasts et c’est une révélation, le bateau accélère encore, cependant une fuite m’oblige à écoper l’équivalent d’un sceau de 10L toutes les 20 minutes. Tampis, cela vaut le coup, je passe donc toute la nuit à écoper pour tirer le meilleur du bateau. S’en suit l’arrivé au Raz de Seins tant redouté, le courant m’aide à passer , mais la mer croisée fait taper le bateau, les chocs sont violents et résonnent dans le gréement. Je fais plusieurs virements pour rester dans cette zone très agités car elle est également très favorable pour avancer vers la prochaine marque. Le jour est levé, l’air se réchauffe et c’est partis pour la seconde journée. Apres avoir viré la bouée en face de la rade de Brest c’est direction l’Ouest de Sein mais le vent faiblie, bientôt il n’y a plus un gramme d’air, nos bateaux dérivent avec le courant, le vent tourne, retourne, forci, faibli, les changements de voiles sont constants, il faut rester tres concentré car la moindre erreur et ce sont des places de perdu, au milieu de l’après-midi je passe enfin l’Occidentale de Sein et je hisse le spi, direction le Sud, 190 miles de ligne droite avec le plateau de Rochebonne, quelques bord de spi vers le large puis de nouveau le vent s’effondre, cela prendra trois heures à ce qu’il se rétablisse à 90 degré de sa direction initiale, c’est terminé pour le spi au coucher du soleil. Le vent monte, nous filons à toute vitesse sur la route direct, plus de tactique, il suffit d’aller le plus vite possible, de maitriser les trajectoires entre les vagues. Un choc dans le safran m’interrompt dans une sieste, c’est un poisson asse long qui est plié de part et d’autre du safran, à 11 kts, il ne peut pas se libérer, c’est la première fois que je pèche sans ligne de pècheJ. Le vent monte encore, ça tape, le bateau saute de vague en vague, j’entends des grincements, des bruits inquiétants, les instruments devant les yeux, le vent monte à 22 kts, il y a encore beaucoup de toile sur le bateau, c’est trop, j’affale l’avant pour ne rien casser, l’objectif est de finir la course, finalement la majorité des concurrent ont fait la même manœuvre. Quelques minute plus tard le vent baisse un petit peu, je renvoie, cela me permet de prendre de l’avance sur mon adversaire direct qui était à mes côtés, le 802. Au fur et à mesure de cette fin de nuit le vent tombe et bientôt ce n’est plus qu’une légère brise qui change constamment de direction que nous devons apprivoiser pour passer ce plateau de Rochebonne. Le courant est assez fort, difficile de faire avancer le bateau dans le petit air. Des dizaines d’insectes, abeilles, mouche, papillons arrivent sur le bateau, pourtant a plusieurs dizaines de kilomètres des côtes. Il fait très chaud, le soleil tape fort et il faut rester à la barre pour garder le bateau au bon cap. Je bois beaucoup mais un mail de crane surement dû à la chaleur et au manque de sommeil m’atteint. Le vent revient enfin après avoir faire plusieurs tour sur moi-même, je ne comprends pas ce qu’il se passe, mes adversaires me dépassent, partent avec de petits souffle d’air et moi je reste sur place ou du moins je n’avance pas aussi vite. Je perds une dizaine de place, à la nuit tombé mais je m’accroche, je change et rechange les voiles, arrivé sous l’ile de Ré en seconde partie de nuit le vent tombe à 2kts, le spi ne tient plus, je me met à reculer à cause du courant, je me rapproche de la cote et mouille l’ancre. A ce moment il est 6h et je suis extrêmement fatigué, les rêves et la réalité se superposent, j’affale les voiles et je m’écroule littéralement dans le fond du cockpit. Puis le VHF me réveil, je m’aperçois qu’il n’y a plus aucun bateau au mouillage autour de moi, j’ai oublié de mettre un réveil.. Je remets le bateau en marche très rapidement mais le groupe est déjà loin, je passe sous le pont de Ré avec 45 minutes de retard sur eux. S’en suit le début de la série d’orages, de la pluie, des vents tournantes, des pétole, la remontée sera extrêmement compliquée avec énormément de manœuvres. Mon objectif est de rattrapé ce groupe mais a chaque pétole je me fais doubler, je n’arrive pas à avancer aussi vite que le reste de la flotte. Je passe des dizaines de fois la « corde à nœuds » pour nettoyer la quille mais jamais rien. La nuit tombe vers les sables d’olonne avec un arc en ciel magique dans un nuage d’orage , puis la pluie arrive et je décide alors de ne pas m’accorder de repos tant que je n’aie pas rejoint ce groupe à 3 miles devant. Je vire de bord à chaque bascule, je gratte mettre par mettre, une erreur de nav m’aura fait passer une demie heure très stressante proche de la cote et j’ai dû faire de la route en plus pour retrouver de la profondeur. Le vent tourne légèrement et je hisse le genacker, ca paie, au bout de deux hures je double des bateaux, puis le vent forcie, et je repasse au près, le moindre composant du bateau est matossé, le ballast est remplis et j’écope le bateau toute les 20 minutes, il y a 20 kts, nous sommes sous un orage, le jour se lève et le moral est bon ! Arrivé à Hoedic, un nouvel orage aspire tout le vent et c’est de nouveau le balai des voiliers à la dérive, puis l’orage est sur nous avec sa foudre, ses sceaux d’eau les vents qui tournaient de 60 degrés, mais étrangement je suis content d’avoir du vent donc je suis content d’être sous la pluie. Deux heures plus tard c’est l’arrivée, le moment de décompression et la joie d’avoir terminé cette course qui restera gravée !! En remettant le bateau sur sa remorque je me suis aperçu qu’une couronne d’algues était solidement attachée autour de ma quille, ceci expliquant cela…Quelques travaux à réaliser sur le bateau, du repos pour moi et dans deux semaines c’est le départ pour le parcours de qualification  de 1000 miles en Irlande.

 

Les récits de courses

Pornichet Sélect 

La Pornichet select, la première en solitaire, la première dont la gestion du sommeil devient primordiale car les dangers sont nombreux sur les trajectoires.

C’est à 13h sous un grand soleil avec très peu de vent que nous nous élançons dans cette course avec 80 concurrents au départ.

La navigation est difficile et dangereuse dans la baie de La Baule car tous ses bateaux très peu manœuvrant par manque de vent demandent une grande concentration. C’est dans le groupe de tête que je sors de ce tableau coloré. Le vent monte rapidement et bientôt les voiles choisis ne sont plus les bonnes, bien de trop grande, je dois affaler dans la précipitation, mon support de GPS se casse dans la manœuvre. 10 minutes plus tard le vent tourne, je renvoie rapidement le grand spi et gagne quelques longueurs. Un cout tactique sur la pointe du Croisic m’aura valu une belle frayeur avec quelques roches peu profondes. Dans les heures qui suivent les choix de trajectoires sont difficile à faire, beaucoup de me poursuivant choisissent un autre passage que le mien, mais je persiste dans ma route et passe la marque Ouest, Les Birvideaux en 4 em position. La nuit tombe et c’est un ciel dégagé été toutes les constellations qui s’instillent au-dessus de nos voiles, je profite de ce moment pour me reposer et commencer les siestes. Un autre Mini me contact pour m’informer qu’il manque d’énergie électrique et qu’il ne peut pas allumer son système anti collision. Je veille alors sur lui pour l’informer de la présence de pécheurs ou autres concurrents. Apres quelques manœuvres suite au changement d’angle du vent, je discerne dans la trainée du bateau deux diagonales phosphorescentes, je ne comprends pas tout de suite ce que c’est, quelques secondes plus tard le bateau s’arrête et se met sur le côté. C’est une ligne de casiers qui est prise autour de la quille. Heureusement que nous avons des couteaux qui font l’affaire à bord. La suite de la nuit est calme et je peux me reposer convenablement. Au matin du second jour, alors qu’un chalutier travaillait à mon vent, soudain il disparait, c’est un brouillard qui nous arrive dessus. En effet le vent monte, tourne et la visibilité est maintenant très réduite. Je hisse une nouvelle voile, qui se retrouve être trop petite une fois établis car le vent avait encore tourné. Je revoie le grand spi dans la foulée, le repos que je m’étais accordé dans la nuit m’a aidé à rester dynamique. Nous arrivons bientôt à l’Ile d’Yeu et le brouillard se dissipe. Un coururent apparait soudain près de la cote, je suis surpris car il n’apparaissait pas sur mes instruments. Alors que je me réchauffais à l’intérieur j’entends un choc important sous le bateau puis un second à l’arrière. Je sors rapidement et aperçois un tronc d’arbre à mi eau. Mon système de déclenchement de safran avait cassé. Heureusement que ce fusible a cassé, les dégâts auraient pu être bien plus importants. Je répare rapidement. Le vent monte et le bateau surf maintenant à 12 kts, ce fameux Mini me double aisément, bien de trop facilement, je ne comprends pas et m’en prends à moi-même sur ma conduite du bateau. J’étais en train d’enlever de nombreux paquets d’algue qui s’étaient installés sur mes safrans quand me vient l’idée de nettoyer ma quille. Je forme une corde à nœud, la jette sous l’étrave… j’aurais dû le faire bien avant, un petit jardinet s’était installé sur mon voile de quille. Ceci explique cela, l’écart ne se creuse plus avec mon prédécesseur. Le passage de la marque devant le port des Sables D’Olonne est un véritable tournant, nous remontons maintenant vers le Nord, la moitié du parcours reste à faire. Nous nous retrouvons ensemble avec Marie au Sud de l’ile d’Yeu à loa tombé de la nuit, nous choisissons la même option, ce qui devrait nous permettre d’arriver à Belle Ile sur un seul nord avec une rotation de vent à gauche. Nous croisons la route des cargos qui sortent de Saint Nazaire puis les nombreux pêcheurs avec qui les échanges sont parfois compliqués. A la pointe Est de Belle Ile il faut choisir le bon côté, partie pris en fonction des courants et du vent, nous devançons un concurrent qui a choisis la mauvaise option. C’est avec joie que je hisse le spi à Groix car cela signe le dernier sprint vers la ligne d’arrivée. Au contact avec Marie ainsi que le 850 il va falloir persévérer avec la fatigue déjà accumulé. Je pousse le bateau au maximum dans les surventes et prends ainsi de la distance au 850 qu’il n’arrivera pas à reprendre jusqu’à l’arrivé. Quant à Marie l’écart reste très faible, nous n’arrivons pas à nous distancer. Je passe le Four à deux longueurs devant, une inattention et elle me passe à l’entrée de la baie de La Baule. Ainsi je passe la ligne en 5 em position, 2 longueurs  derrière Marie sous un coucher de soleil absolument magnifique.

Lorient Bretagne Sud Mini

Ma première course en Mini sur le voilier qui m’accompagnera durant ces deux années jusqu’en Martinique. Avec toute l’expérience d’Aurélien Poisson, ex skipper du bateau terminant dans le top 10 de la Mini Transat 2017, cette régate était également un véritable passage de main.

Nous avons passé la ligne de départ au Nord de Groix dans le bon timing en premier rideau, sous spi. Les prédictions indiquaient une force de vent qui allait rapidement s’écrouler. Bingo, quelques heures plus tard nous nous retrouvons tous sans un souffle d’air, nous avancions centimètre par centimètre. Dans cette situation la concentration est extrême car le moindre mouvement d’air doit être exploité car il peut nous faire repartir et c’est ce qu’il s’est passé, après quelques mètres parcourus le bateau a créé son propre vent relatif et nous avons pu nous glisser en dehors de cette zone sans vent prenant quelques miles d’avance sur le peloton. Les changements de direction du vent nous font beaucoup manœuvrer et jouent avec nos nerfs, les changements de voiles s’enchainent, il faut rester dynamique et concentré. Le vent reviendra en début de nuit et s’intensifie. Nous passons les Glenans sans difficulté, c’est la première fois que je passe cette zone jonchée de récifs juste avec mon GPS et ma carte, heureusement que j’avais préparé correctement ma navigation.

Passage de la bouée Ouest, Spineg pour les connaisseurs, au milieu de la nuit c’est le moment de passer en vent arrière, on hisse le grand spi et c’est parti pour une descente vers Belle Ile. La nuit est un peu orageuse mais magnifique, je croise une grande majorité de la flotte qui monte au vent vers la bouée, cela s’apparente à une Constellation de lumières vertes formant un véritable rideau devant mon étrave. Le but de l’exercice : traverser entre tous ces points lumineux en toute sécurité. Apres quelques frayeurs, notamment lorsque les concurrents n’avaient pas de feux en haut de leur mat nous voilà maintenant au large. Le vent forcissant, le bateau accélère cela me tiens éveillé mais la fatigue se fait sentir, il en résulte une erreur dans un empannage, j’ai oublié une des étapes ce qui a instantanément couché le bateau. Plus de peur que de mal, nous avons échappé belle avec un bidon d’eau qui a traversé le bateau de part en part et qui est tombé à quelques centimètre d’Aurélien qui dormais dans la bannette. Je sais maintenant qu’il est primordial de sécuriser tout ce qui peut bouger dans le bateau. Après quelques heure à la barre, le soleil se lève enfin, ça fait du bien car je commençais à ressentir la fraicheur. Apres ½ heure de repos, un claquement me reveil… le bateau est à plat, les voiles ne se tiennent plus… c’est la pétole, mais cette fois ci ce n’est pas simplement une petite zone, nous passons toute la journée avec une houle conséquente et du vent ( non, un souffle délicat ) de 0 à 2 kts . En fin d’après-midi, nous sommes au Sud de Belle Ile, la marée s’inverse passant à la descendante et à ce moment les coordonnées GPS défilent dans le mauvais sens, nous repartons vers l’Ouest à 1kts. Je réalise que la flotte est en train de nous remonter, cela dure 1h puis le vent s’établis, la tendance s’inverse, nous faisons route à une vitesse constante de 2.5kts. Ouf, c’est repartis, le peloton nous a rattrapé et certains nous ont dépassé, il ne faut rien lâcher et continuer à naviguer proprement pour reprendre notre place. Apres le contournement de Belle Ile il faut la jouer fine avec les courants et accélérations de vents localisés. Cela fonctionne et nous retrouvons notre 5 em place. La ligne d’arrivée se dessine, l’écart creusé avec nos poursuivants n’est que de quelque mètre. Cet écart restera constant jusqu’à l’arrivé que nous passons à 8h10 en 5 em position.

Il me faut maintenant du repos et continuer à optimiser le bateau, pour faire mes preuves deux semaines plus tard lors de la prochaine course mais en solitaire cette fois ci.